Les Invisibles (D’après Les Villes Invisibles de Italo Calvino)







L’ailleurs est un miroir en négatif. Le voyageur y reconnaît le peu qui lui appartient, et découvre tant ce qu’il n’a pas eu, et n’aura pas.






















Mais la ville ne dit pas son passé, elle le possède pareil aux lignes d’une main, inscrit au coin des rues, dans les grilles des fenêtres, sur les rampes des escaliers













– Pourquoi la construction de Tecla dure-t-elle si longtemps ?
– Pour que ne commence pas la destruction.

Si, insatisfait des réponses, quelqu’un applique un œil à la fente d’une palissade, il voit des grues qui soulèvent d’autres grues, des échafaudages qui recouvrent d’autres échafaudages, des poutres qui étayent d’autres poutres.











A Chloé, une grande ville, les gens qui passent dans les rues ne se connaissent pas. En se voyant ils imaginent mille choses les uns sur les autres, les rencontres qui pourraient se produire entre eux, les conversations, les surprises, les caresses, les coups de dent. Entre eux quelque chose court, un échange de regards comme des lignes qui relient une figure à l’autre et dessinent des flèches, des étoiles, des triangles, jusqu'à ce que toutes les combinaisons en un instant soient épuisées










Les habitants se montrent rarement à même le sol: ils ont déjà là haut tout le nécessaire et préfèrent ne pas descendre [...] s'aidant de longues vues et de télescopes pointés vers le bas, ils ne se lassent pas de la passer en revue, feuille par feuille, rocher par rocher, fourmi par fourmi, y contemplant fascinés leur propre absence










Les banlieues qu'on me fit traverser n'étaient pas différentes des autres, avec les mêmes maisons jaunes et vertes. Suivant les mêmes flèches, on tournait autour des mêmes parterres sur les mêmes places. [...]
- Tu peux reprendre un vol quand tu veux me dit-on, mais tu arriveras à une autre Trude, pareille point par point, le monde est couvert d'une unique Trude qui ne commence ni ne finit: seul change le nom de l'aéroport